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Rapport d’observation
5 août 2009
Introduction
Suite à sa victoire à l’élection, remportée dès le premier tour,
avec plus de la moitié des suffrages exprimés, le Général
Mohamed Ould Abdelaziz a été investi aujourd’hui Président de la
Mauritanie, dans une cérémonie marquée par une présence arabe,
africaine et européenne et un boycott des pôles de l’opposition.
La question qui se pose dès lors : est-ce que la République
islamique de Mauritanie, qui paraît être à la croisée des
chemins, se dirige vers une transition démocratique effective et
un processus qui mérite de lui accorder attention et même de
l’imiter, ou bien connaîtra-t-elle, après avoir été isolée sur
le plan international, une aggravation de sa situation et
peut-être aussi de nouveaux coups d’Etat ?
En effet, la crise politique de longue durée d’avant l’élection
présidentielle, n’a pas pris fin après l’annonce des résultats
et la proclamation de la victoire de Mohamed Ould Abdelaziz
devant huit autres candidats. Ces derniers, pour plus de la
moitié d’entre eux, étaient entrés dans la compétition pour la
première fois et représentaient différentes tendances
politiques, ethniques, régionales et idéologiques. Les
malheureux candidats ont contesté les résultats de ce qu’ils ont
appelé une fraude électorale pendant le déroulement de
l’opération et dès sa préparation, et ils ont déclaré que la
rumeur du taux des 52 % qu’a obtenu le Général Abdelaziz
circulait déjà pendant la campagne électorale. Ils ont également
affirmé que la fraude et la manipulation ont eu lieu même si le
Conseil constitutionnel a rejeté, comme on s’y attendait, les
recours présentés 48 heures seulement après l’annonce des
résultats par le Ministère de l’intérieur. Des composantes de
l’opposition ont affirmé avoir présenté des preuves irréfutables
sur des violations inacceptables, alors que d’autres ont signalé
qu’elles ne s’adresseraient pas au Conseil, puisqu’elles ne le
considèrent pas comme une autorité impartiale. Car ses prises de
positions ont démontré qu’il ne s’est pas conformé à la
neutralité dont il devait faire preuve, en refusant le report
des élections à une date ultérieure au 18 juillet. Parmi les
recours qui ont été présentés, une demande pour procéder à un
nouveau dépouillement des voix, et à l’examen des bulletins de
vote préparés par une société installée à Londres, société
proposant des services de « production de feuilles sensibles et
susceptibles de s’acclimater et de fondre ».
La campagne électorale s’est déroulée donc dans une sorte de
consensus basé sur l’accord de Dakar, conclu à la faveur
d’interventions étrangères. Il a servi comme cadre de règlement
des différends entre les différents courants et forces
politiques du pays, ayant connu des fractionnements et de fortes
tensions pendant une dizaine de mois après le renversement par
Ould Abdelaziz de son prédécesseur. Cet accord a été parrainé
par un groupe international représenté, principalement, par le
Président Abdoulaye Wade, l’Union Africaine, la Ligue arabe,
l’Union Européenne et les Nations Unies. Or mis à part l’intérêt
que portent à la Mauritanie ses pays voisins, en particulier la
Libye, le Maroc, l’Algérie et le Sénégal, le pétrole découvert
il y a quelques années, ainsi que les dossiers de l’émigration
et du terrorisme, ont préoccupé au plus haut niveau les États
occidentaux. Surtout la France qui s’efforce de restaurer une
situation qui garantisse ses intérêts, sans laisser entrer dans
la scène des acteurs qui pourraient représenter une quelconque
menace. D’ailleurs, certains font le lien entre la série des
coups d’État survenus en Mauritanie, le nouvel intérêt
international pour ce pays, et la découverte depuis 2000
d’importants gisements de pétrole à l’intérieur de ses
frontières.
La France était en fait dans les coulisses de la politique
mauritanienne et ne le nie pas. Elle se vante même de remettre
de l’ordre. MM. Balkany et Bourgi, des proches du Président
Sarkozy et de la cellule France-Afrique de l’Élysée,
œuvraient,
plus particulièrement, pour éviter l’isolement international
d’Ould Abdelaziz, préparer sa réception à Paris, et exercer des
pressions sur l’opposition afin qu’elle participe aux élections,
et ce en dépit de leur préparation hâtive et de l’impact de
cette précipitation sur les résultats. Bref, la légitimation du
coup d’État contre l’ancien président. L’Union Européenne a pour
sa part pris une position différente, en insistant sur une
enquête portant sur ces rumeurs de fraude, et sur la nécessité
pour les autorités mauritaniennes de reconnaître ces faits,
conformément aux lois nationales et aux usages internationaux.
Quant à la commission électorale indépendante, qui a représenté
à parts égales les partis proches du gouvernement et
l’opposition dans une toute première expérience électorale, elle
a vu son président démissionner après l’annonce des résultats et
les allégations de fraude. Ces élections ont connu en fait une
rude concurrence entre des candidats n’ayant pas de véritables
programmes ni de références idéologiques et politiques. Et en
l’absence de consensus entre les forces de l’opposition même au
niveau intellectuel et idéologique, ainsi que la contribution de
certaines d’entre elles à son effritement malgré un accord
autour de quelques personnalités. Tout comme les sables du
désert, la scène politique mauritanienne semble être en
mouvement, se caractérisant par le nomadisme, sur un fond de
système tribal relativement flexible et qui ne s’impose pas
comme un acteur politique. Et ce, malgré un fort alignement
tribal des forces soutenant les candidats sur la tribu des Ould
Bessbaa d’un côté, et celles des Samassid et Id Ouali, de
l’autre. En dépit de la crise politique qui a secoué le pays
depuis le coup d’État de Mohamed Ould Abdelaziz contre Sidi Ould
Cheikh Abdallah, la société mauritanienne paraît, globalement,
conciliante. Ce qui pourrait expliquer l’absence d’affrontements
sanglants, à l’image de ceux survenus en Iran, par exemple, lors
d’élections dont l’impartialité a été remise en cause.
La société mauritanienne va-t-elle pour autant accepter des
résultats déjà contestés et une victoire au premier tour, qui a
constitué une surprise pour beaucoup, et qui laissera des
interrogations en suspension ? Ou bien les attraits du pouvoir
et l’intérêt pour des postes bien placés et les privilèges
afférents sauront, une fois proposés, disperser les alliances et
affaiblir les oppositions dans un pays dont 64 % de la
population sont analphabètes et les deux tiers vivent en dessous
du seuil de pauvreté ?
Sous le titre : « Est-ce que le 16ème
coup d’État est en gestation ? », nous lisons dans le quotidien
« Assaraj » du 14 juillet 2009, que parmi les raisons de
s’inquiéter pour la stabilité du pays, « l’élection de Ould
Abdelaziz est un problème et son échec est un autre, et entre
les deux il y a bien d’autres problèmes.. ».
Durant ces dernières années, la Mauritanie a su donner d’elle
une image d’un pays capable d’assurer la transition
démocratique, à tel point que beaucoup d’intellectuels arabes
n’ont pas tari d’éloges pour le pays des poètes. Image qui n’est
pas forcément celle que connaissent ses ressortissants, surtout
ceux qui suivent de près l’évolution de leur pays et
s’interrogent sur l’avenir de leur progéniture. Les désirs et
les projections font nécessairement partie de la construction
imaginaire et des rêves de ceux qui vivent dans des pays
connaissant des régimes qui les enferment dans une chape de
plomb, avec son lot de problèmes politiques et crises
successives, états d’urgence et lois d’exception.. Sinon comment
expliquer que l’ancien président Ely Ould Mohamed Val, en qui
beaucoup ont vu la concrétisation de la possibilité d’une
transition démocratique dans un pays du Tiers monde, soit arrivé
au premier tour, bien loin (avec 3 % seulement) derrière Ould
Abdel Aziz, auquel personne ne prédisait une telle popularité en
si peu de temps passé au pouvoir - même en restant en
arrière-plan et en tant que faiseur des présidents comme on en
laissait courir le bruit- ou après Massoud Ould Belkheir (16 %)
ou Ahmed Ould Daddah (13 %) ?
Rapide tour d’horizon
Pour clarifier quelque peu les contours de l’image de ce pays
qui parait assez vague chez la plupart de ceux qui s’y
intéressent, il nous faut brosser un rapide tour d’horizon de sa
constitution (en nous appuyant sur les écrits de Mohamed Lemine
Ould El Kettab, qu’il en soit remercié). La capitale Nouakchott,
qui paraît aujourd’hui encombrée d’immeubles et de véhicules,
n’était il y a un demi-siècle qu’un endroit parsemé d’une
poignée de constructions sur le long de la route transafricaine
principale n° 1 qui reliait Dakar à Alger. L’édifice principal
était à cette époque-là un garage de réparation des camions qui
assuraient le transport de marchandises sur cet axe routier. Et
ce jusqu’au jour de 1959 où fut décidé le transfert de la
capitale de la Mauritanie de Saint-Louis du Sénégal vers ce
village devenu le Nouakchott d’aujourd’hui. Quelques bâtiments
devaient être construits rapidement pour abriter la présidence
de la République, l’Assemblée nationale et quelques ministères,
avant la proclamation de la naissance de la République islamique
de Mauritanie le 28 novembre 1960. Faute de locaux appropriés,
les premières séances du conseil des ministres ont dû se tenir
sous des tentes ; et pour relier ce pays au monde un petit
aéroport devait voir le jour.
La Mauritanie, qui compte 2.8 millions d’habitants, sur une
superficie de 1.030.700 km² dont 750 km de côtes, est riche en
pétrole découvert récemment, de quelques minerais comme le fer
ou le phosphate et des plus précieux comme l’or ou le diamant.
Sa population vit des produits agricoles comme les céréales et
les produits maraîchers, ainsi que de l’élevage d’animaux et de
la pêche fluviale et maritime, où des centaines de milliers de
tonnes de poissons sont vendus et exportés annuellement.
Nouadhibou est tout particulièrement connue par sa grande
variété de poissons, menacés pourtant d’épuisement du fait de
l’usage de méthodes non appropriées et d’une pêche intensive.
Cette wilaya est aussi connue des touristes pour ses belles
plages et ses sites naturels ainsi que ses îles. Mais elle doit
en même temps faire face à la rareté de l’eau potable et à
l’impressionnante hausse du coût de la vie, tout comme d’autres
wilayas qui doivent lutter contre la sécheresse, les invasions
de criquets ou l’avancée galopante du désert.
Beaucoup reste à faire pour un pays assez étendu et très pauvre.
Et ce, en dépit des transferts d’argent effectués par les
Mauritaniens de l’étranger, et des fonds servant à la
construction de routes, écoles, mosquées et dispensaires ; et
malgré la présence de coopératives agricoles et artisanales et
les projets des mécènes ou les actions des pays étrangers et des
organisations humanitaires qui s’emploient dans des projets de
forage de puits, d’électrification des centres urbains, de mise
sur pied de projets à caractère social, d’aide au développement,
d’alphabétisation et d’amélioration de la vie de la population.
La Mauritanie connaît une situation très contraignante pour la
majorité de sa population, et à laquelle échappe une petite
minorité qui détient de grosses fortunes et parfois le pouvoir
en même temps, et dilapide des devises dans des vacances à
l’étranger au lieu de les faire fructifier dans le développement
du pays.
En dépit des grandes réformes économiques entreprises depuis
1986 et des dettes épongées, beaucoup reste à entreprendre pour
faire décoller ce pays dont le revenu annuel moyen par tête
d’habitant n’a pas atteint les 500 dollars US. Combativité,
compétitivité, assiduité et persévérance sont des qualités qui
demandent à être cultivées pour contrer la pauvreté et
l’analphabétisme, construire les infrastructures et sédentariser
les communautés. Pour stabiliser des populations portées au
nomadisme et à la vie d’errance, surtout dans les villages
souffrant de conditions de vie déplorables, avec un taux de
chômage dépassant, selon les chiffres officiels, les 22 %. Mais
aussi les risques d’une émigration clandestine, encouragée par
la faiblesse des contrôles aux frontières et les lois sur la
migration et la nationalité dans lesquelles certains voient une
menace pour l’équilibre démographique mauritanien.
En outre, malgré son interdiction légale, l’esclavage subsiste
sous certaines formes dans la Mauritanie d’aujourd’hui, tandis
que survivent les incitations au mariage précoce des filles et
leur gavage forcé pour hâter leur croissance, la polygamie, les
pratiques d’excision et tout ce qui compromet leur scolarisation
et expose leur maternité aux dangers et leur vie maritale au
divorce. Ceci malgré le fait que cette société semble donner
plus de poids et d’autorité à la femme, dépassant le seuil de sa
maison.
L’élection présidentielle
Alors que la plupart des observateurs parlaient d’élections
déroulées dans la transparence et l'équité, peu
nombreux sont ceux qui
ont évoqué un ensemble d'irrégularités dans le déroulement du
processus électoral. Par exemple la partialité de certains
fonctionnaires impliqués dans les opérations électorales, la
non-autorisation à des inscrits sur les listes électorales
établies après les accords de Dakar de participer aux élections,
la faiblesse de l'appareil administratif chargé des élections,
les irrégularités dans les listes électorales, l'ignorance par
de nombreux présidents de bureaux de vote de la réglementation
et de la procédure électorales, etc. Ceux qui ont prétendu que
ces manquements ne sauraient motiver la remise en question des
élections, ont prétexté qu'elles ont été plus transparentes que
les élections libanaises qui les ont précédées par exemple, que
la corruption n'a pas été aussi flagrante, ou que les deux
parties en lice ont autant participé au déroulement du processus
électoral.
En revanche, des voix de l'intérieur de la Mauritanie ont
regretté ”les espoirs déçus du peuple et la violation du climat
qui a régné après l'accord de Dakar”, ou ”la corruption et
l'achat des voix et le trafic des résultats”, de même que ”les
irrégularités dans les listes établies, où la moitié seulement
des inscrits lors de l'accord de Dakar l'ont été de fait”.
Evoqués aussi ”les résultats à pourcentage presque égal dans les
différentes wilayas qui ont voté pour Abdelaziz” ou ”les
bulletins conçus de façon telle que le signe « B » devant être
apposé par le votant était inscrit de la même manière hors du
bureau du vote”, ou encore ”d’un taux de vote pour Abdelaziz
exagérément gonflé même là où il n’y a pas eu de votes pour
lui”.
De son côté, un enregistrement vidéo diffusé par le parti
d'Ahmed Ould Daddah sur son site montre une opération de trafic
énorme des cartes d'identité et des listes électorales. Des
témoins nous ont parlé de faux électeurs ayant voté à la place
des vrais lorsque ceux-ci se sont rendus aux bureaux pour élire
leur candidat.
Nous avons, quant à nous, noté le 18/07/09 la présence massive
de militaires à l'intérieur même des bureaux de vote, au
prétexte de garantir l'ordre public. Ils étaient parfois trop
proches non seulement des électeurs, mais aussi des
observateurs. Certains ont voté avec leur uniforme et sans carte
de vote, alors que cette carte était exigée des votants civils.
Ceux qui ne l’avaient pas devaient revenir en sa possession
après l’avoir extrait des listes affichées sur l’internet, ceci
afin de permettre l’identification des numéros affichés sur la
carte d’identité et la carte électorale. Et alors que certains
bureaux étaient fort exigeants d’autres ont été plus permissifs,
jusqu’à ne pas exiger de certaines personnes de signer les
listes d’émargement après leur vote, ou ne pas veiller à la
bonne correspondance des chiffres affichés sur les deux cartes
du votant. Cela dépendait apparemment des humeurs et des
appartenances politiques des présidents de bureaux, des
colorations politiques des quartiers où se trouvaient les
bureaux de vote, ou aussi des moments de la journée et de
l’affluence des votants.
S'il est admis que cet échantillon ne saurait valoir pour le
reste (sur un total de 2400 bureaux de vote qui ont géré 60% des
1 183 447 inscrits) il est sûr par contre qu'une observation de
quelques minutes par bureau ne peut représenter qu'une simple
photographie du moment, ne permettant pas de prétendre confirmer
ou d’infirmer à coup sûr les résultats des élections. C’est sans
prendre en considération tout ce qui les a précédées depuis des
mois ou ce qui les a accompagnées dans la rue ou dans les
coulisses. Il faut reconnaître aussi que la présence
d'observateurs pousse à une certaine modification du
comportement, le faussant, tout comme la personnalité de
l’observateur, sa culture et ses choix politiques marquent de
leur sceau l'observation. Outre le fait que l'observateur ne
peut tout saisir et ne s’arrête généralement que sur certains
faits parfois de forme plus que de fond et sur leur répétition.
Pour toutes ces raisons, nous sommes appelés à relativiser nos
conclusions sur un prétendu processus électoral véritablement
”démocratique”, et ce même dans les pays avancés et où il y a
indépendance, multipartisme, programmes électoraux ou transition
démocratique. Les électeurs sont susceptibles là aussi d’être
manipulés par la mobilisation des sommes d’argent mises à la
disposition des candidats, interférant ainsi sur les résultats
par le biais de la propagande et du tapage médiatique ou de
l’usage d’autres cartes maîtresses capables de les influencer
dans un sens ou un autre. Des spécialistes dans le domaine
opèrent à différents niveaux notamment psychologique pour
orienter les résultats. Et c’est généralement au détriment de
l’électeur qui peut déchanter tôt ou tard en constatant que son
vote n’a pas servi à sanctionner les moins bons et à donner leur
chance à ceux qu'il croyait défendre le mieux ses intérêts.
Surtout lorsque la bascule opère en défaveur de celui qui aurait
dû être le gagnant au vu de son bilan.
Notre but n’est pas de critiquer ou d’encenser l’un quelconque
des candidats, mais de dire qu’il nous a semblé que la
préparation des élections en Mauritanie s’est déroulée au pas de
charge et en imposant le fait accompli. En plus, durant la
période écoulée, les acteurs politiques ont témoigné de peu
d'attachement et de conscience de l'État de droit et de la
légalité électorale. Un certain nombre des partis et de membres
de l'élite politique ont démontré un relatif égoïsme et une
courte vue en ce qui concerne l'éviction du Président Ould Al
Cheikh Abdallah par l'occupation du Palais présidentiel. Cet
épisode a sans doute laissé des conséquences dans l'esprit des
gens qui ont constaté le silence de personnalités politiques
d'envergure sur un acte illégal à tout point de vue
constitutionnel. Ce qui a fait que les partis politiques ont
abordé la campagne électorale en rangs dispersés et en position
de faiblesse, sans un candidat fédérateur et capable de
contrecarrer la propagande officielle à la gloire du Général,
qui était candidat à l’élection depuis son accession au pouvoir.
Conclusions
Nous concluons en confirmant que l'élection ne s'est pas
déroulée dans des conditions normales de transparence et de
légalité, malgré tout ce qui a été dit et ce qui peut être dit,
et que les urnes n'ont pas exprimé la volonté du peuple. Ce qui
risque d’être interprété comme pouvant mettre de l'huile sur le
feu et rouvrir des blessures appelées à se refermer afin de
préserver l'avenir. C’est un point de vue qui doit être examiné
au même titre que les autres et trouver sa légitimité dans le
cadre de la liberté d'expression et de la discussion
démocratique critique, pacifique et constructive. Il n'est
absolument pas question de jouer le rôle d'un observateur « qui
n'a rien vu » et de légitimer la politique de l'autruche. Ce qui
ne pourrait déboucher à long terme que sur des conflits et des
tensions qui engendreraient à leur tour des violences étouffées
par la répression sanglante.
Se résoudre à tourner la page avant de clarifier les choses et
d’aller au fond des choses ne serait pas la bonne méthode pour
celui qui entreprendrait de construire l'avenir sur des bases
saines et solides. La peur de ramer à contre-courant ou la
volonté de privilégier les intérêts propres ou collectifs du
moment ne saurait empêcher la construction d'une opinion
alternative au discours dominant. La vérité est toujours
révolutionnaire, et l'on ne pourrait pas faire abstraction d’une
partie du paysage. Surtout à une époque dominée par un ordre
mondial barbare et des intérêts économiques transnationaux qui
travaillent parfois dans l'ombre en vue de disloquer les
sociétés et de multiplier les divisions, afin de faire main
basse sur les potentialités des peuples et de ravir leurs
volontés.
Ce qui est véritablement de première nécessité pour la
construction de la démocratie, du pluralisme et des droits de
l'homme en Mauritanie, c'est de dire toute la vérité au-delà de
toute motivation partisane. Et si la démocratie débouche sur le
progrès dont ce pays a le plus besoin pour vaincre l'ignorance,
la pauvreté et le sous-développement, il ne saurait être
question de progrès sans démocratie dans une société dominée
encore par des valeurs tribales, souffrant de faiblesse dans la
conscience civique; et ce, malgré la présence de nombreux
courants politiques et de partis qui ont fleuri durant les
dernières années.
Si nous espérions la formation d'un gouvernement d'unité
nationale et la constitution d'un accord national général
pouvant éviter les conflits et les tensions, il serait à
craindre à bon droit que l'opposition ne fasse valoir ses
conditions et ne se contente pas de certains portefeuilles
ministériels. De même le Président proclamé refuse lui aussi
cette option unitaire, se fondant sur une victoire électorale
majoritaire obtenue auprès du peuple mauritanien. N'allons-nous
pas dans ces conditions vers le renouvellement du spectacle qui
a vu l'affrontement avec la police, les manifestations de rue et
la revendication de réexamen des résultats électoraux avec
toutes les tensions que cela crée? Ou bien le Président élu
va-t-il tenter de calmer des esprits au lieu de mener la guerre
à ses adversaires pour se concentrer sur le développement du
pays, la lutte contre la corruption et le terrorisme comme il
l'a affirmé, ainsi que la mise en oeuvre de son programme de
restriction budgétaire, d'amélioration du revenu des couches
pauvres, de lutte contre le chômage, pour affronter de nombreux
défis dans un contexte régional et international
particulièrement difficile?
Bien des promesses peuvent s'évanouir une fois que l'on est bien
établi au pouvoir, mais gardons une note d'espoir et ne jouons
pas les oiseaux de malheur prématurément.
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