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ARAB
COMMISSION FOR HUMAN RIGHTS
International
NGO in special Consultative Status with the Economic and Social Council of the
United Nations
Genève,
le
Madame
Louise Arbour,
Haut
Commissaire aux droits de l’homme
Madame
Leila Zerrougui,
Présidente
du Groupe de travail sur la
détention
arbitraire
Mesdames,
Nous
avons non sans surprise pris connaissance de la réponse de la Mission
permanente du Royaume d’Arabie Saoudite, datée du 12 aout 2004
concernant les trois figures du réformisme saoudien, le Dr Matrouk
Al-Faleh, le Dr Abdellah Al Hamed et le poète Ali Al Damini.
Une
telle réponse nous oblige à porter à votre connaissance, ainsi qu’à
celle de l’opinion publique, des questions essentielles se rapportant à la
situation actuelle dans le Royaume d’Arabie Saoudite et à toutes les
tentatives de réformes modérées et pacifiques.
Aussi aux contributions à l’édification d’un Etat de droit qui
respecterait les grands principes de la justice dans l’Islam en accord avec
la légalité internationale en matière de droits de l’homme. Car pour ces
réformistes, il n’existe pas de contradiction entre les valeurs de
l’islam et la Charte internationale des droits de l’Homme.
Ces
figures de la réforme ont bien tenu diverses réunions au vu et au su des
autorités saoudiennes, puisqu’un certain nombre d’entre elles ont eu lieu
avec les responsables eux-mêmes. Elles visaient à rechercher les meilleures
solutions pour sortir de la situation difficile vécue par le Royaume.
Situation relative à l’escalade dans la confrontation entre des groupes armés
locaux et les services de sécurité, à la montée de la corruption et de la
crise économique et à l’absence des libertés fondamentales. Tous ces
facteurs qui constituent une
cause d’instabilité, en particulier pour la jeunesse qui trouve
dans la violence un
exutoire, à défaut de moyens d’expression pacifiques et légaux dans le
pays.
La
Commission arabe des droits humains a eu le privilège de suivre ces activités
et rencontres, en encourageant la poursuite du dialogue entre toutes les
bonnes volontés qui cherchent à sortir de l’impasse de la solution sécuritaire
et autoritaire aux problèmes du pays.
Le
Dr Haytham Manna a, plus d’une fois, assisté à
Bahreïn à des réunions au cours desquelles il a pris connaissance
des points de vue des réformateurs. Il a pu avoir un débat approfondi avec
eux à propos de l’éventuelle création d’une organisation locale indépendante
des droits de l’homme ou de leur affiliation à la Commission arabe des
droits humains.
Les
parties étaient alors arrivées à la conviction de la nécessité d’agir
d’une manière pacifique et sage, en raison de la gravité de la situation régionale
et internationale. Elles ont confirmé leur refus de répondre aux
provocations de certains responsables qui assimilent les appels à la réforme
à des actes terroristes, et leur engagement à ne constituer aucune structure
organisée sans en référer aux autorités.
Ce
travail de coordination avec la Commission arabe des droits humains a abouti,
dans le courant de 2004, à intégrer cinq
réformistes saoudiens au sein de cette association internationale qui dispose
du statut consultatif auprès de l’ECOSOC et connue pour son indépendance
et son opposition à toute forme de violence.
Alors
de quel terrorisme ou incitation au terrorisme s’agit-il ? Et depuis
quand le fait d'écrire sur la réforme constitutionnelle, sur l’action
syndicale pacifique ou sur les droits de l’homme dans l’Islam,
constitue-il un crime ?
Sommes-nous réellement au 21ème siècle ?
Pour
répondre à cette campagne visant à discréditer des personnes connues pour
leur intégrité, leur sagesse et leur préoccupation constante pour la paix
civile et le rejet de tous les extrémismes, leur engagement à défendre la
dignité de tout citoyen dans le
royaume, ainsi que le respect des droits de tout résidant étranger, la
Commission arabe des droits humains a réuni certaines études du Dr Matrouk
Al Faleh, dans un ouvrage intitulé « La réforme constitutionnelle en
Arabie Saoudite », que nous mettons à votre disposition dans sa version
arabe. (Nous nous efforcerons de les traduire dans l’une des langues européennes).
La
Commission arabe des droits Humains a publié et met également à votre
disposition en langue arabe un recueil du poète Ali Al Damini, traitant de
l’action revendicative pacifique. Egalement un ouvrage à paraître du Dr
Abdellah Al Hamed, traitant de la question de l’islam et des droits de
l’homme.
Ces
trois personnes qui viennent de différents horizons politiques (Gauche,
Islamiste, nationaliste) partagent aujourd’hui le même combat pour l’édification
d’une monarchie constitutionnelle. Un Etat contractuel dans lequel les
individus accèderaient à la citoyenneté, où se généraliserait le concept
de la responsabilité du gouverné et du gouvernant et où les droits et les
obligations de chacun seraient clairement délimités de façon à
transformer l’appareil d’Etat actuel en un véritable Etat de
droit, garantissant la dignité du citoyen.
A
l’appui de la présente nous apportons une réflexion personnelle à propos
de chacune des trois figures de la Réforme, en espérant qu’elle serait
suffisante pour démentir des accusations qui ne convainquent même pas leurs
auteurs.
Prenons
les moyens des preuves avancées par le procureur général, monsieur Ouedh
Benali Al Ahmari, concernant ce qu’il appelle «le préjudice à la réputation
de l’Etat » et «la rébellion contre le détenteur du pouvoir ».
Nous découvrons alors des mémoires signés par l’élite parmi les fils du
Royaume intitulés «Invitation à la réforme constitutionnelle », «Appel
commun aux dirigeants et au peuple », «Pour la défense de la Nation »,
«Tous ensemble dans la tranchée des braves », «Vision pour le présent
et l’avenir de la nation».
Toutes
ces pétitions traitent de la solidarité entre tous les fils d’une même
nation. Elles sont pour la poursuite d’un dialogue constructif entre
gouvernants et gouvernés et la revendication d’un seuil minimal de libertés
civiles et politiques.
Nous
mettons à votre disposition tous ces textes qui ont été collationnés dans
un ouvrage (Le printemps de l’Arabie Saoudite), publié par les partisans
des réformes politiques dans le Royaume d’Arabie Saoudite et destiné à
faire connaître leurs véritables principes.
Arrêtons-nous
sur la réalité de ces accusations, sans entrer dans le détail du
militantisme de ces trois figures de la réforme. Figures qui oeuvrent pour la
défense des droits de l’homme et pour la paix civile dans le Royaume et
dans le monde arabe.
L’on
se rend compte que tous ont participé à des conférences
arabes pour la défense des droits humains et des peuples. Le Dr
Abdallah Al Hamed a fait quant à
lui une intervention remarquée au cours de la deuxième conférence sur la
justice dans le monde arabe au Caire.
Ils
ont tous des contributions théoriques sur «la voie constitutionnelle pour la
réalisation de la justice et le rôle du travail revendicatif pour le
renforcement de la société civile citoyenne»,
«le dialogue entre les civilisations», «le rôle des droits de
l’homme dans les réformes politiques dans le monde arabe».
La
Mission permanente du royaume d’Arabie Saoudite déclare dans sa réponse au
Groupe de travail sur la détention arbitraire que les trois accusés ont bénéficié
de tous leurs droits devant un tribunal impartial en présence de leurs
avocats, d’observateurs et de journalistes.
Il
est regrettable qu’il soit omis de citer les incidents à l’audience du
Tout
ceci n’égale pas ce qui s’est passé à l’audience du
Le
juge a alors interdit la présence du public et suspendu l’audience avant de
la renvoyer sine die.
Après
cela, les autorités ont refusé de préciser la date de renvoi ; et la
procédure de jugement est actuellement secrète, en violation des lois
d’Arabie saoudite et de ses engagements.
Il
est évident que la réunion publique en connaissance des autorités ne peut
constituer un crime, ni dans la loi internationale ni dans les lois internes.
Evident aussi que l’affiliation à la Commission arabe des droits humains ne
peut davantage être considérée comme un encouragement au terrorisme, pas
plus que la signature d’une pétition pour la concorde nationale et la paix
civile ne peut servir le terrorisme. Par contre les tribunaux secrets et les
jugements administratifs constituent des violations flagrantes des Résolutions
des Nations unies relatives aux jugements équitables et à l’indépendance
des magistrats.
Nous
sollicitons par conséquent, en raison du caractère incontestablement
arbitraire de la détention de ces trois militants pour les droits de
l’homme et la réforme constitutionnelle en Arabie saoudite, le recours à
tous les moyens possibles pour les faire libérer immédiatement.
Pour
l’Association Al Karama,
Pour la Commission arabe des droits humains
Son
représentant :
Son porte parole :
Me