A son arrivée au ministère de l’information, il y a plus de trois ans, Monsieur Adnan Oumran fut présenté par les siens comme le grand réformateur d’un appareil médiatique qui ne fait que tuer la capacité journalistique et les compétences humaines en Syrie. Les premières déclarations de Monsieur le ministre consistait à faire comprendre que sa tâche n’est pas de moderniser la répression à l’époque de la révolution médiatique, mais plutôt de débloquer un système désormais inopérant.
Cependant,
après une très courte période de concertation,
Monsieur le ministre a publié le circulaire n° 167 daté du 14/10/2000 qui
interdit formellement de publier une publicité ou de présenter une émission
ou de réaliser une interview qui touche à la culture (sic) sans une
autorisation préalable du ministre de la culture.
Les
optimistes ont tenté de voir la moitié pleine du verre et de fermer les yeux
sur ces petites circulaires. Des nouveaux organes de la presse ont vu le jour
et l’hebdomadaire satirique indépendant Al-Domary est devenu la première
publication satirique au pays. Et ce, depuis la suspension du grand journal
satirique Al Mudhheq al-Mubki, il y a quarante ans.
Mais,
malgré les précautions juridiques nécessaires qui consistent à éviter les
prétextes classiques de la fermeture d’un journal dans un système
autoritaire, le journal, dirigé par l’enfant terrible de la caricature
syrienne sous l’état d’urgence (Ali Ferzat), a vécu trois ans d’enfer
avec ce qui est convenu d’appeler le triangle de la mort. Ce triangle
despotique est composé de :
1-
La Compagnie Générale de Distribution de la Presse (al Mouassassa
al-ama litawzi’ al-Matbou’at), née avec le décret législatif n°
24/1975. Cette compagnie, inspirée par le modèle de la Roumanie de l’époque,
monopolise la distribution en Syrie. Chaque périodique est l’otage du bon
vouloir de cette compagnie bien contrôlée.
2-
La Compagnie Arabe de la Publicité (al-mouassassa al-arabyia
lil-Ilan) qui contrôle la publicité et par conséquent, les sources de
financements uniques d’un journal en Syrie.
3-
La Loi 50 de septembre 2001 qui appartient aux moyens âges de la
presse. Selon la dite Loi, il suffit d’une note orale ou écrite du ministre
de l’Information au Premier ministre pour mettre fin à la vie d’un
journal (article 22).
Le
journal Al-Domary avait droit aux trois axes de la mort : Tous mettent
des bâtons dans ses roues. Difficultés énormes au niveau de la distribution
(diminution obligatoire de 40 milles exemplaires à 14 milles). Ensuite
c’est le tour de la publicité qui est le seul moyen de financement pour un
journal privé. Dépassé par les problèmes financiers et administratifs,
Al-Domary poursuit son apparition
à petit tirage par photocopie pour rester dans le cadre de la légalité.
C’est là où le ministre de l’Information achève le travail par le
troisième axe de la mort. La Loi 50 qui a banalisé les lois d’exception
dans un cadre juridique dit ordinaire. Le numéro spécial sur « La
croyance dans la possibilité de réforme » est interdit le 27 juillet
par Monsieur Oumran. Le 31 juillet 2003, l’autorisation du journal Al-Domary
est annulée par la décision
6061 du Premier ministre M. Mustafa Miro.
Le
numéro intitulé (al-Iman bil-Islah) lance par son interdiction le défi
de la REFORME. Le débat sur le sous-développement de la presse officielle en
Syrie a commencé avant cette interdiction. Est-ce la résistance des derniers
jours d’une espèce en voix de disparition de par le monde ou bien une véritable
rupture avec les voix de la réforme ?
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Rédacteur en chef de la revue syrienne Moukarabat (Approches)