Il faut venir en aide aux universitaires
d'Irak,
Hasni Abidi
LE MONDE | 15.03.06 | 13h52 • Mis à jour le 15.03.06 | 13h52
Le cercueil ou l'exil. Telle semble être l'alternative qui échoit
désormais aux universitaires irakiens. Naguère forcés de prendre la carte du Baas et muselés par le régime de Saddam Hussein, ils ont
aujourd'hui besoin de la protection de ce qui reste du pouvoir national. Depuis
l'occupation de l'Irak et le démembrement de l'Etat, les universités irakiennes
ont subi, à l'instar de tout le pays, un pillage sans précédent : ordinateurs
dérobés, fonds de bibliothèques universitaires et municipales, constitués
depuis des décennies, volés et détruits, laboratoires vidés de leurs
équipements et vendus au marché aux puces dans les faubourgs de Bagdad.
Lors de mes dernières visites à l'université de Bagdad et à l'université Al-Mustansiriya, mes amis professeurs ou enseignants au
département de relations internationales et de sociologie se relayaient sur
l'unique ordinateur disponible pour pouvoir consulter leurs courriels et
procéder à des recherches sur
En outre, ce ne sont pas seulement les bibliothèques qui sont détruites.
Ce sont des milliers d'universitaires et chercheurs irakiens que l'on tue à
petit feu. Nombreux sont ceux qui ont vendu leur maison pour habiter des
logements plus modestes, ou qui se sont séparés de ce qu'ils avaient de plus
cher, leurs livres, pour subvenir à leurs besoins alimentaires.
Depuis
La reconstruction de l'Irak, pour laquelle la communauté internationale a
consenti à débourser des sommes colossales, se fait toujours attendre, parce
que l'on fait l'impasse sur la question essentielle, celle du capital humain,
marginalisé par Saddam Hussein et ignoré par ses successeurs. Il est temps que
les organisations internationales proposent des solutions concrètes pour venir
en aide à une vocation en péril. Ne serait-ce pas là pour l'Unesco une occasion
de réaffirmer la dimension humaine, universelle et militante de sa mission ?
C'est pourquoi nous demandons que chaque université ou centre de
recherche dans le monde fasse un geste : parrainer un/une universitaire d'Irak
et l'accueillir, pour un, deux ou trois mois par exemple, le temps de lui
accorder un répit dans ce contexte de folie meurtrière.
Devant l'assassinat de l'élite irakienne, assassinat qui prive le pays de
sa principale richesse, nous lançons simultanément aujourd'hui, à Genève,
carrefour humanitaire et scientifique, et à Paris, ville du savoir et des
Lumières, un appel international pour la défense et la protection des
universitaires et des scientifiques irakiens, et nous demandons aux autorités
irakiennes, aux forces multinationales et à tous les acteurs en présence de
prendre toutes mesures en leur pouvoir pour garantir les conditions de sécurité
et les conditions matérielles permettant aux étudiants irakiens de bénéficier
d'un accès au savoir libre et indépendant.
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Hasni Abidi est
directeur du Centre d'études et de recherches sur le monde arabe et méditerranéen
de Genève.