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ARAB COMMISSION FOR HUMAN RIGHTS
COMMISSION ARABE
DES DROITS HUMAINS
International
NGO in special Consultative Status with the Economic and Social Council of the
United Nations
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Procès de Maître Mohamed Abbou.....Jeudi 28 avril 2005.....Tribunal de Tunis
Mission d’information
judiciaire effectuée par Maître Daniel Voguet
avocat à la cour d’appel de
Paris
3 mai 2005
C.A.
DROITS HUMAINS
5 Rue
Gambetta - 92240 Malakoff - France
Phone:
(33-1) 4092-1588 * Fax: (33-1) 4654-1913
E.
mail achr@noos.fr www.achr.nu
I. Présentation de Maître Mohamed
Abbou
Jeune avocat tunisien, marié,
père de trois enfants Mohamed Abbou est connu pour son engagement dans la
défense des droits de l’Homme : ancien membre du comité directeur de
l’association des jeunes avocats, membre du bureau exécutif du centre de Tunis
pour l’indépendance de la justice et du Barreau, il est également membre
fondateur de l’Association internationale de soutien aux prisonniers politiques
et membre du conseil national pour les libertés en Tunisie.
Il a été à plusieurs reprises
mandaté par des organisations internationales pour plaider la cause des
défenseurs de droits de l’Homme poursuivis devant les Tribunaux de leurs pays
respectifs.
Il a participé à plusieurs
procès politiques en Tunisie. Il est par ailleurs membre dirigeant d’un parti
politique d’opposition en Tunisie : le congrès pour la République.
II. Le contexte général dans
lequel se situe l’arrestation de Mohamed Abbou
L’annonce de l’invitation
faite à Ariel Sharon d’assister au sommet mondial sur la société de l’information
à l’automne prochain en Tunisie a provoqué dans le pays un vaste mouvement de
protestation dans la société civile tunisienne.
Parmi ces protestations, le 28
février 2005, Mohamed Abbou signait une Tribune intitulée « Ben
Ali-Sharon » paru sur le site internet « Tunisnews »
(impossible d’ailleurs à consulter en Tunisie) dans laquelle il dressait un
parallèle railleur entre les deux hommes.
Le 1er mars, dans
la soirée il était arrêté.
Sa comparution le 2 mars
devant le juge d’instruction donnait lieu à des violences de la police sur des
avocats venus le soutenir en masse.
Le bâtonnier de l’ordre Maître
Ben Moussa était lui aussi victime de violence de la part d’un juge
d’instruction. Des tentatives de manifestation contre la venue de Ariel Sharon
se déroulaient en particulier le 4 mars 2005 et étaient violemment dispersées.
C’est ainsi qu’une avocate connue pour son combat en faveur des droits de
l’Homme Radia Nasraoui était grièvement blessée par la police au visage. Le 9
mars, à l’appel du conseil de l’ordre des avocats tunisiens, une grève générale
était largement suivie.
Cette grève visait à
« défendre la profession, la liberté et la démocratie » en Tunisie.
Elle avait également pour
motif le « refus » de la visite du Premier ministre israélien
qualifié de « criminel de guerre ».
Le barreau tunisien appelait
également à la grève en signe de solidarité avec leur confrère Mohamed Abbou.
Depuis le 5 avril, de nombreux
avocats occupent de façon permanente la « maison de l’avocat »
récemment acquise par le barreau de Tunis et situé en face du palais de
justice, dans le cadre d’un « sit-in » de protestation.
III. La procédure suivie
contre Mohamed Abbou
-Les conditions de son
arrestation
Le 1er mars 2005
Maître Abbou a été arrêté vers 22 heures par des policiers en civil, sans
qu’aucun mandat d’arrêt n’ait été lancé contre lui, ni qu’aucune convocation à
comparaître devant un magistrat ou devant la police ne lui ait été signifié.
Les autorités ordinales n’ont
pas été informées malgré l’obligation légale de le faire.
Cette arrestation fait suite à
la parution la veille (le 28 février) sur le site de « Tunisnew »
d’un article intitulé « Ben Ali-Sharon » mettant en cause le
Président Ben Ali et certains membres de sa famille.
Maître Abbou était placé en
détention à la prison de Tunis puis transféré à la prison de Kef ( à 170kms de
Tunis) le 11 mars 2005.
Cette arrestation a
immédiatement suscité une très forte mobilisation des avocats tunisiens y
compris des membres du conseil de l’ordre et du bâtonnier de l’ordre lui-même.
-Les poursuites contre Maître
Abbou
Maître Abbou est poursuivi
pour la diffusion le 26 août 2004, sur le site internet « Tunisnew »
d’un texte intitulé « Abbou Gharib d’Irak et les Abbou Gharib de
Tunisie ».
Cet article met en parallèle
la situation des prisonniers dans les prisons en Irak et celle des prisonniers
politiques en Tunisie.
Il dénonce les tortures
pratiquées dans les prisons tunisiennes et le silence des autorités judiciaires
à ce sujet.
Il convient de rappeler que la
prescription en matière de presse est de trois mois.
L’article incriminée datant de
août 2004 il semble acquis que ce n’est pas sur ces écrits là que Maître Abbou
a été mis en prison mais pour ceux visant le président Ben Ali publié la veille
de son arrestation.
Par ailleurs Maître Abbou est
poursuivi à la suite d’une plainte déposée par une de ses consoeurs Maître
Dalila Marad à la suite d’un incident sans gravité qui se serait déroulé en
juin 2002 ( !) et qui à l’époque n’avait fait l’objet d’aucune poursuite
judiciaire.
Tous les avocats considèrent
que cette affaire datant de trois ans a été montée de toute pièce pour
détourner l’attention sur les véritables raisons des poursuites engagées contre
Maître Abbou.
-Le déroulement de l’audience
du 28 avril 2005
Cette audience s’est
caractérisée essentiellement par une mobilisation tout à fait exceptionnelle
des avocats malgré les intimidations de la police qui dans un premier temps
refusait l’entrée du palais de justice à certains opposants notoirement connus.
Plus de 850 avocats s’étaient
portés volontaires pour défendre Maître Abbou. Une trentaine, avec l’accord de
leurs confrères et celui du bâtonnier, devaient plaider représentant toutes les
tendances politiques du barreau. La défense était coordonnée et conduite en
accord avec la participation du conseil
de l’ordre et du bâtonnier.
Par ailleurs, de nombreux
observateurs étrangers étaient présents :
Maître Jan Hofdijk, avocat
hollandais
Maître Thomas Braun, avocat
belge
Maître Brigitte Azéma, avocate
honoraire du barreau de Bordeaux
Maître Dorothée Le Fraper du
Hellen du barreau de Montpellier
Madame
Sarah Leah Whitson représentant « Human Rights Watch » et
« Amnesty International »
L’ambassade de France et la
Communauté européenne
L’ambassade de la République
fédérale d’Allemagne
L’ambassade du Canada
L’ambassade des Etats-Unis
d’Amérique
L’ambassade de Suisse
Les avocats de la défense ont
demandé que l’affaire concernant l’article incriminé soit disjointe de celle
des violences reprochées à Maître Abbou.
Le Tribunal après en avoir délibéré a refusé
la demande des avocats de la défense et a joint les deux affaires.
Les plaidoiries courageuses et
fermes des avocats ont été à maintes reprises interrompues brutalement par le
Président qui a fini par estimer en savoir suffisamment et a décidé de clore
les débats avant que l’ensemble des avocats inscrits n’aient pu plaider.
Les avocats sont restés à
l’intérieur de la salle d’audience en attendant le jugement.
Lors du prononcé de la
condamnation : trois ans et six mois de prison ferme, les avocats ont
quitté la salle en chantant l’hymne national tunisien.
Il n’y a pas eu de violence de
la part de la police en raison, d’après les avocats concernés, de la présence
d’observateurs étrangers.
Conclusions
1/ Une atteinte inacceptable à
la liberté d’expression
Quelque soit la qualification
juridique que l’on puisse attribuer à l’article incriminé, l’arrestation
brutale de son auteur six mois après sa diffusion, sa détention préventive
pendant près de deux mois et sa condamnation à 3 ans et demi de prison
constituent une atteinte inacceptable à la liberté d’expression.
Cette atteinte est d’autant
plus inacceptable que le sujet abordé est d’intérêt public, qu’il touche à la
protection des droits fondamentaux et que l’ensemble des organisations
internationales et nationales de défense des droits de l’Homme s’accorde à
reconnaître que la torture est couramment pratiquée dans les prisons
tunisiennes.
2/ L’indépendance de la
magistrature très contestée
Les avocats de la défense
émettent de sérieux doutes sur le fait que l’arrestation de Maître Abbou aurait
été ordonnée par un magistrat.
Ils estiment que tout donne à
penser que la diffusion de l’article du 28 février 2005 mettant en cause le
Président Ben Ali a été à l’origine de l’arrestation de Maître Abbou par la
police.
Cette arrestation a été
régularisée à posteriori.
La commission rogatoire
figurant au dossier et datée du 28 février 2005 comporte des irrégularités
grossières :
-Elle se fonde sur une lettre
de la police criminelle en date du 31 septembre 2004 alors que le mois de
septembre ne comporte que 30 jours.
-Elle délègue à l’autorité
policière, en dehors de toute flagrance, le pouvoir de placer Maître Abbou en
détention provisoire en violation des dispositions du code de procédure pénale
tunisien.
-Elle ne mentionne pas
l’intervention du procureur de la République à l’ouverture des poursuites.
Tout cela donne le sentiment
d’un dossier constitué à la hâte afin de tenter de donner a posteriori une
forme légale à une arrestation décidée dans un cadre purement policier et sans
garantie judiciaire.
-Le verdict particulièrement
sévère à l’encontre de Maître Abbou ainsi que le déroulement de l’audience du
28 avril font craindre une volonté politique très forte d’une « reprise en
main » par le pouvoir politique de la magistrature et des avocats.
3/ Atteintes nombreuses et
inacceptables au droit de la défense
-Le droit de visite des
avocats de la défense s’est heurté à de nombreux refus de la part des autorités
pénitentiaires de la prison de Tunis et de celle de Kef.
-Des violences totalement
inacceptables envers les avocats
-Lors des deux comparutions de
Maître Abbou devant le juge d’instruction les 2 et 16 mars 2005 les avocats ont
été dans l’impossibilité d’exercer leur mission du fait du juge d’instruction
qui a été jusqu’à exercer des violences à l’encontre du bâtonnier de l’ordre,
fait sans précédent au Palais de justice de Tunis.
-Des violences policières ont
été exercées à l’encontre des avocats le 2 mars 2005 ainsi que le 4 mars, une
avocate, Maître Rhadia Nasraoui ayant été gravement blessée au visage.
4/ Une mobilisation tout à
fait exceptionnelle des avocats
Les poursuites engagées contre
Maître Abbou ont suscité une mobilisation tout à fait exceptionnelle des
avocats mais également de certains magistrats. (L’association des magistrats
tunisiens a diffusé un communiqué condamnant les événements du 2 mars)
Cette mobilisation s’est
traduite par une présence massive des avocats tout au long de la procédure et
lors de l’audience du jugement.
Leurs plaidoiries n’ont fait
aucune concession au pouvoir politique en place qu’ils ont vigoureusement
dénoncé en particulier en ce qui concerne la liberté d’expression,
d’information, d’association ainsi que la répression dont font l’objet les
opposants au régime.