I.
Qu’est ce que la Commission Arabe des Droits Humains ?
La Commission Arabe des Droits Humains est une organisation non gouvernementale indépendante qui se consacre à la promotion et la protection des droits de la personne et des libertés fondamentales dans le monde arabe. Le recrutement de ses membres se fait en dehors de considérations en rapport avec l’affiliation politique ou l’appartenance confessionnelle et ethnique. La CADH/ACHR se réfère uniquement aux instruments internationaux de droits de l'homme, dont principalement la déclaration universelle des droits de l'homme et les pactes relatifs des droits économiques, sociaux, culturels, civiques et politiques.
Fondée
le 17 janvier 1998 par un groupe de défenseurs des droits de l'homme de différents
pays arabes, la CADH/ACHR est une organisation pan-arabe qui adhère aux
principes universels en la matière et défend une totale indépendance de
toute appartenance politique. Son mandat se focalise sur la promotion de la
culture des droits humains, la défense des libertés fondamentales et la
protection de toutes les victimes des droits de l'homme dans le monde arabe,
et ce indépendamment de leur croyance, conviction politique, sexe, religion
ou couleur.
Les
membres de la CADH/ACHR sont des Arabes et des non-Arabes qui viennent du
monde arabe, tous connus par leur sérieux engagement pour la promotion des
droits de la personne. Cette association accorde une attention particulière
à toute demande d'adhésion où celle-ci ne sera approuvée qu’après
examen minutieux de la situation du postulant prouvant son engagement pour les
principes qu’elle défend et la qualité de sa contribution.
La
CADH/ACHR est dirigée par un conseil d'administration qui se compose entre
autres des militants suivants :
Dr Moncef Marzouki (Tunisie), Dr Violette Daguerre (Liban), Dr Haytham Manna (Syrie), M. Naser al-Ghazali (Syrie), M. Omar Mestiri (Tunisie), Mme Zeyna Larbi (EAU), Dr Mohamed Sayed Said (Egypte), Mr. Nejib Hosni (Tunisie), Mme Izzat Mroua (Liban), Mr. Soufian Shouiter (Algérie), M. Saad Abdel Rahman (Arabie Saoudite), Mr. Bechir Essid (Tunisie), M. Khalil Abu Shmaleh (Palestine), M. Abderrahim Sabir (Maroc), Mr. Said El Jamal (Egypte), etc.
La
Commission Arabe des Droits Humains s’active en tant qu’association indépendante
à but non lucratif, à partir de la France et conformément à la loi française
des associations de 1901. Bien que ses activités relèvent pour la plus
grande part du volontariat, elle a, depuis sa création, établi un réseau de
relations sur le plan national, régional et international, et collaboré avec
environ 115 ONGs de pays arabes et de par le monde. Etant donné que les deux
tiers de ses membres se trouvent dans les pays arabes, la CADH/ACHR projette
ouvrir dans un proche avenir deux bureaux, l’un au Mashreq et l’autre au
Maghreb.
Les
droits de la personne et les libertés fondamentales ont connu durant ces
dernières années un recul dans les pays arabes, notamment depuis la deuxième
guerre du Golfe. Et ce à contre pied de certaines régions du monde ayant
connu un optimisme et une ouverture démocratique après la chute du mur de
Berlin. Ce recul, approfondi par les tensions régionales et la nouvelle
situation mondiale, est en rapport avec la situation de la démocratie qui
n’est pas la préoccupation majeure de ceux qui gouvernent cette partie du
monde ou même des pays occidentaux. Ce qui se traduit au niveau de la société
civile laquelle se trouve durement affectée par les pouvoirs autoritaires en
place.
Ainsi,
nous enregistrons une augmentation des violations des droits économiques et
sociaux en raison de l’échec des plans de développement, de la montée de
la corruption et de la progression de la sur-exploitation des pays du Sud par
les pays du Nord. S’ajoute à cela le caractère barbare du système monétaire
international qui se traduit par une progression des violations des droits
civiques et politiques, commises par des régimes despotes qui s’emploient
à neutraliser le citoyen, le privant de la possibilité de s’opposer à
leur pouvoir ou de leur résister.
Les
violations des droits collectifs et individuels touchent dans cette région
pratiquement toute personne qui aspire à une vie digne. Non seulement les
droits d’expression, d’opinion, de croyance ou la pratique d’une activité
politique, syndicale ou associative y sont bafoués, l’Irak continue de
vivre sous un régime de sanctions économiques qui tue un enfant toutes les
quatre heures, pendant qu’Israël impose un régime d’apartheid en
Palestine et poursuit une politique de colonisation de ses territoires, qui
est considérée par la législation internationale crime contre l’humanité.
Alors que les châtiments corporels sont appliqués dans la moitié des pays
arabes et la torture est une pratique que tous la connaissent, le nombre des déplacés
et exilés dépasse celui des habitants de la Belgique et le chiffre des
prisonniers d’opinion et dans les pays arabes et en Israël avoisine les 45
mille.
Dans
cette situation explosive, le mouvement arabe de droits de l'homme se livre à
un combat existentiel en faisant face à plusieurs problèmes d’ordre
structurel et pratique. Ce qui ne fait qu’affecter sa manière de
travailler, caractérisant sa situation par les traits suivants :
1.Une
croissance non équilibrée du mouvement des droits de l'homme dans les pays
arabes. Alors qu’on assiste dans certains pays à la naissance d’un grand
nombre d'organisations de droits de l'homme connues par leur professionnalisme
et une expérience avancée, dans d'autres rien de tel n’existe ou ne peut
fonctionner. Cette situation a nécessité une dynamique en faveur d’une
forme de militantisme au niveau régional, afin de préparer le terrain pour
un développement d’ONG travaillant sur le même mode et couvrant les autres
zones où le message des droits de l’homme accuse un retard. En outre, il
faut pallier au manque d’informations les concernant à travers
l’organisation de missions sur place et la publication de rapports destinés
aux militants et aux personnes concernées, que ce soit à l’intérieur de
ces pays ou à l’extérieur.
2.
Plusieurs ONG « du nord » nous ont semblé affectées par une
vision occidentale des droits de l’homme qui consiste à concentrer le plus
clair de leurs efforts sur les problèmes de la détention arbitraire,
l’observation judiciaire, les disparitions forcées et la torture. Vision
qui ne peut qu’être réductrice et négliger de porter attention à l’équilibre
nécessaire entre les droits politiques et civiques d’un côté et les
droits économiques, sociaux et culturels de l’autre. Partant de cette
constatation, la CADH/ACHR luttera en permanence en faveur de tous les droits
et pour tout le monde dans une approche universelle.
3.
Des expressions extrémistes, chauvines et fondamentalistes qui prônent le
repli sur soi ont fait surface d'une manière inquiétante comme réponse à
la politique occidentale des deux poids-deux mesures. Dans ce contexte, la
CADH/ACHR entend revaloriser les valeurs universelles et répondre à
l’attitude de repli par sa considération que le mouvement arabe des droits
de l’homme n’est pas seulement une partie d’un mouvement international,
mais aussi une force ayant son
poids sur les plans théorique et opérationnel. Elle aspire susciter des
changements et des évolutions aux niveaux régional et international afin de
renforcer les valeurs universelles dans la région et dans le monde.
4.
Un véritable hiatus existe entre la production culturelle humaine et
juridique et l’activisme de tous les jours. Il est devenu nécessaire
d’appuyer les combats de surface par des combats de profondeur et renforcer
le rôle des militants dans la bataille pour le renouveau.
5.
Le niveau de coopération inter-arabe des défenseurs de droits de l'homme
reste faible et on déplore le peu d’échange entre les expériences des uns
et des autres. Il est devenu indispensable des tisser de nouvelles relations
qui dépassent les liens entre groupes pour une
forme d’interaction et
de collaboration enrichissante par l’échange des compétences
et le renforcement du mouvement des militants. La coopération
inter-arabe et l’établissement
de ponts entre le nord et le sud pour construire des relations plus équitables
est une nécessité pour le mouvement des droits de l’homme dans le monde
arabe.
Notre
génération a connu des circonstances où l’activisme politique était mêlé
au militantisme pour les droits. De ce fait, elle n’a pas pu avoir une
vision claire qui établit une distinction entre les deux horizons et ne pas
confondre entre pouvoir et contre-pouvoir. Des larges tranches se sont orientées
assez rapidement vers l'institutionnalisation avant
d’atteindre la maturité requise qui permet de s’appuyer sur
l’institution pour servir une noble cause. A bien d’autres questions
primordiales notre génération n’a pas encore donné des réponses claires
comme le financement, la normalisation avec Israël, les relations avec les
Etats.
Le mouvement
des droits de l'homme dans le monde arabe a eu à souffrir d’un manque de
cadres, d’une faiblesse de la société civile et de la pression et des
poursuites des pouvoirs politiques. De tels problèmes ont durement affecté
son avenir et ses rapports avec la société, mais le mouvement comprenait en
son sein des éléments capables qui se sont parvenus à assurer sa protection
et son développement. Néanmoins, les dangers objectifs et subjectifs qui pèsent
encore sur lui demandent pour y faire face une approche
collective, réfléchie et approfondie. La CADH/ACHR oeuvrera avec tous
les éléments honnêtes des différentes ONG pour que le mouvement surmonte
ses faiblesses et renforce son développement dans le but de devenir une force
productive et efficace pour le bien de sa société et du monde.
II.
Les objectifs de la Commission arabe des droits humains ?
Après
nombreuses discussions commencées l’été de 1997 entre militants de droits
de l'homme de plusieurs pays arabes où les problèmes exposés plus-haut ont
été débattus et analysés, et parfois par l’intermédiaire de lettres échangées
avec des militants privés du droit de quitter leur pays ou emprisonnés, la décision
était d’annoncer la constitution de la CADH/ACHR le 17 janvier 1998. Date
qui correspond dans la région arabe au cinquantième anniversaire de la Nakba
en Palestine et dans le monde au cinquantième anniversaire de la Déclaration
universelle des droits de l’Homme.
Les
objectifs de la Commission arabe des droits humains insistent sur les priorités
suivantes :
1.
Mettre sur pied de projets de missions et d’enquêtes sur le terrain portant
sur les droits sociaux, économiques et culturels, tout autant que sur les
droits civiques et politiques,
2.
Evaluer les conséquences tragiques des sanctions économiques imposées par
les Nations Unies et Israël sur des populations dans cette partie du monde,
3.
Accorder plus d’attention aux violations des droits des groupes vulnérables
dont femmes, enfants ou minorités à l’intérieur et à l’extérieur des
pays arabes,
4.
Ecrire des rapports sur les groupes spécifiques tels que les exilés, les déplacés,
les réfugiés et les travailleurs émigrés en Europe ou dans les pays du
Golfe,
5.
Observer, décrire et analyser les formes de violences étatiques et sociétales
de manière à répondre aux arguments de l’Etat autoritaire et ses choix sécuritaires,
6.
Etablir des ponts et des réseaux de relations entre les ONG du Nord et celles
du Sud et dans les pays arabes. Il faut veiller à renforcer les possibilités
de collaboration inter-arabe et à chaque fois que c’est possible en les
consultant avant le lancement des projets, ce qui permet de s’enrichir
mutuellement des expériences des uns et des autres,
7.
Prévoir un site Web sur internet afin d’y diffuser les informations
et des analyses non seulement de la CADH/ACHR sur les violations des droits de
l’Homme dans le monde arabe, mais aussi d’autres sources qui souhaitent présenter
leurs contributions.
Durant
sa première année, la CADH/ACHR a publié huit rapports, effectué plus
d’une campagne et édité en arabe et français un livre sur la torture dans
le monde arabe au vingtième siècle marquant ainsi le cinquantième
anniversaire de la déclaration universelle des droits de l'homme.
En deuxième année, il y a eu la publication en arabe de l’encyclopédie
des droits de l’homme par l’un de ses membres, ainsi que six rapports et
un fascicule sur la torture et les disparitions en Algérie. Cela sans compter
ses actions de tous les jours contre les violations des droits de l’homme
seule ou en collaboration avec des ONG arabes et internationales. Pour sa
troisième année d’existence, la CADH/ACHR a entrepris un projet de
publications à l’adresse des jeunes, appelé « bourgeons »,
ainsi qu’une autre série sur « réforme politique et droits de l’homme »
dont le premier livre s’intitulait : « La Tunisie de demain ».
Un autre livre vient de paraître en arabe, et le sera prochainement en français
et anglais, sur la démocratie et les droits de l’homme en Syrie. C’est la
première publication d’une série de travaux qui dans les prochaines années
porteront sur d’autres pays arabes et comporteront également les six
droits.